Mes Classements 2007
Par Patrick DUSSERT le samedi 20 janvier 2007, 09:29 - Lien permanent
Lorsque, en 1985, j’ai été le premier à remettre en cause le
« fameux » Classement des vins du Médoc, qui datait de 1855, cela
avait créé quelques sautes d’humeur et de nombreux soutiens. Il m’a semblé
ensuite logique de développer des classements pour toutes les régions de
France, pour la grande majorité des appellations. En revanche, et c’est
contraire à la mode actuelle (et donc passagère), je me suis toujours refusé à
« noter » un vin. La raison est simple : c’est pour moi une
négation de ce « Sang de la Terre et du Ciel » que de l’affubler
d’une note. Ce serait oublier la main de l’homme et la dimension humaine et
subjective du vin. Faire cela, c’est comme si on notait un acteur de cinéma ou
des peintres contemporains de 1 à 20. C’est une facilité pour attirer le
chaland, qu’il me serait simple d’appliquer si je ne respectais pas autant les
vignerons, que j’aime rencontrer car ils ont aussi leur importance
(convivialité, passion…).

Mes Classements évaluent les meilleurs rapports qualité-prix-plaisir. Ils
tiennent compte de tous les producteurs : vignerons, négociants et caves
coopératives. Ils sont ouverts à tous. Pour mes Classements, trois points sont
à retenir :
1 – Mes Classements ne sont pas figés et contiennent une hiérarchie interne.
2 – L’évaluation d’un cru se fait sur de nombreux millésimes. 3 – Chaque
Classement est propre à une région.
Mes Classements ne sont pas figés et ont une hiérarchie interne
Les 1ers grands vins classés Le sommet, même il s’agit de
« comparer » non plus uniquement l’image de marque mais une réelle et
très grande régularité qualitative. Aux côtés de crus incontournables, quelques
autres atteignent des sommets, notamment pour récompenser un savoir-faire et un
rapport qualité-prix indéniable. Il est impératif de suivre la hiérarchie
interne de chaque classement, les premiers des Premiers Grands Vins classés
étant supérieurs aux autres Premiers.
Les 2es grands vins classés C’est la catégorie qui réserve le plus de
surprises, et les coups de cœur y sont nombreux. À elle seule, cette catégorie
est une véritable hiérarchie, et de nombreux producteurs y évoluent selon les
derniers millésimes ou cuvées dégustées. Aux côtés de certains
« grands » crus (ou marques) historiques qui parviennent à se
maintenir au plus haut niveau (c’est surtout le cas à Bordeaux, en Bourgogne et
en Champagne), plusieurs vins moins connus y figurent, grâce à leur régularité
qualitative et un exceptionnel rapport qualité-prix-plaisir. Certains vins de
cette catégorie peuvent d’ailleurs prétendre atteindre des sommets, et d’autres
méritent largement leur place grâce à un rapport qualité-prix-typicité
exceptionnel, même s’il faut savoir aussi respecter la hiérarchie interne de
cette catégorie. En tout cas, de grandes valeurs sûres, et l’on peut noter que
certains domaines, dont la notoriété n’existait pas il y a quelques décennies,
parviennent, chacun dans sa catégorie, à s’imposer et à devenir
incontournables.
Les 3es grands vins classés C’est une position « d’attente » où
l’on trouve des vignerons qui élèvent des crus qui n’ont pas été suffisamment
dégustés et qui peuvent détrôner des vins plus connus dans les dégustations à
l’aveugle. Ces producteurs peuvent donc monter en grade, bénéficiant d’un *.
D’une manière générale, le fait même d’être dans ces Classements implique une
haute tenue qualitative. Les vins ne sont intrinsèquement pas comparables, le
Classement ne fait donc que les situer les uns par rapport aux autres, selon
l’évolution des millésimes. Les « premiers » des Deuxièmes Grands
Vins classés, par exemple, sont très proches de la catégorie Premiers Grands
Vins classés. Il faut donc bien sûr tenir compte du prix pour comprendre qu’un
très grand cru, sur le plan du terroir, mais très cher, peut être dans une
catégorie semblable qu’un autre cru, peut-être moins connu, plus modeste, mais
dont le rapport qualité-prix est excellent. Cela ne remet bien entendu pas en
cause le très haut niveau qualitatif du vin le plus réputé (et donc le plus
cher). Dans tous les cas de figures, certains vins classés peuvent mériter
mieux dans des millésimes précis comme 2004, 2003, 2002 ou 2001 (ils sont
indiqués alors par un *).
L’évaluation d’un cru se fait sur de nombreux millésimes Un
« grand » vin, ou plutôt un vin digne de ce nom, se mesure uniquement
sur son potentiel d’évolution, sa régularité qualitative, même dans des
millésimes délicats comme 97 ou 92, ou difficiles à maîtriser comme 2003, 2002,
ou 94, et sur son aptitude à parvenir à maturité. Ces critères sont donc la
base même de ces Classements, remaniés chaque année, par la force des choses et
de la nature. Ils prennent compte bien entendu de l’évolution des millésimes
précédents et peuvent être également remis en cause par la qualité des
prochaines cuvées. La plupart des producteurs retenus ont été suivis depuis 28
ans, ce qui permet de se faire une véritable idée de la régularité qualitative.
C’est la seule chose qui compte pour pouvoir juger tel ou tel cru, et ne pas se
laisser prendre par une cuvée spécialement « arrangée ». Quelques châteaux
repris récemment sont classés en tenant seulement compte des deux ou trois
derniers millésimes, et leur évolution viendra conforter ou non leur place
actuelle. Ils sont indiqués entre parenthèses pour l’instant, tout comme les
propriétés qui viennent d’être reprises. Les Classements ne sont donc pas
statiques : ils se veulent le reflet d’une situation globale dans une
appellation, qui tient compte de paramètres fondamentaux : typicité des
crus, caractéristiques propres, qualité des vinifications et de l’élevage,
homogénéité et régularité qualitative des cuvées, évolution des millésimes,
politique qualitative des propriétaires, rapport qualité-prix… Les absents le
sont principalement quand les dégustations effectuées n’ont pas été suffisantes
pour pouvoir situer le vin.
Chaque Classement est propre à une région Intrinsèquement, les vins ne sont pas les mêmes. Chaque cru retenu possède son propre caractère et demande à être apprécié en tant que tel, sans faire de véritable comparaison avec tel ou tel autre. Aucun Classement n’est donc à comparer avec un autre, et il ne doit pas y avoir de rapprochement entre une région ou une autre. On se doute bien qu’un Premier Grand Vin Classé de Chinon n’est pas au même niveau qualitatif qu’un Premier Grand Vin Classé du Médoc. C’est au sein d’une même région ou appellation qu’il faut comparer les vins. Un Deuxième Grand Vin Classé du Languedoc ne joue évidemment pas non plus dans la même catégorie qu’un Deuxième Grand Vin Classé de Bourgogne. On peut décliner les exemples et on aura compris qu’un Beaujolais Classé n’est pas à rapprocher d’un Pomerol au même niveau dans son Classement propre, idem pour un Sancerre et un Pessac-Léognan, un Bandol et un Vosne-Romanée, un Minervois d’un Pauillac, etc. Ainsi, dans les Classements de Bordeaux et de Champagne, j’ai également classé les vins en deux catégories, « puissance » et « élégance », pour mieux prendre en compte justement le caractère propre de chaque vin et éviter des comparaisons.
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